Cas

Cas SL-1 La cogestion dans les Aires Marines Protégées en Sierra Leone

7. République de Sierra Leone

ContexteLes aires marines protégées (AMP) sont des zones désignées où les communautés ont des droits et un contrôle exclusifs sur la conservation de leurs ressources. La rivière Scarcies, la rivière Sierra Leone, la rivière Sherbro et la baie de Yawri ont été proposées comme AMP en Sierra Leone depuis 1972. Les quatre zones proposées ont été officiellement déclarées AMP par le ministère de la pêche et des ressources halieutiques (MFMR) en 2012.

En 2009, au cours de la mise en œuvre du projet d’appui institutionnel à la gestion des pêches (ISFM), la nécessité d’une gestion communautaire des ressources halieutiques en Sierra Leone a été identifiée. Sous l’égide du MFMR, ce projet a soutenu l’organisation des communautés côtières adjacentes aux quatre AMP désignées en Associations de Gestion Communautaire (CMA), conformément au plan stratégique de création et de gestion de l’AMP développé.

A la suite de l’ISFM, le Projet régional de gestion des pêches en Afrique de l’Ouest (PRAO) et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), tous deux financés par la Banque mondiale, ont eu pour objectif d’institutionnaliser les communautés côtières en vue d’une augmentation durable des revenus de la pêche. En outre, ils ont cherché à réduire la pêche illégale et à augmenter les produits de la pêche à valeur ajoutée au profit des communautés locales. Le PRAO/FEM (2012-2018) a soutenu la formation de CMA et a divisé les communautés et villages de pêcheurs adjacents en groupes dans la zone côtière. Cette stratégie a été recommandée pour l’organisation des communautés côtières en groupes de CMA qui gèreraient les AMP par le biais d’un processus de cogestion.

Ces AMP devraient se transformer en droits d’utilisation territoriale des pêcheries (TURF) d’ici la fin du PRAO/FEM, où elles auront délimité une zone dans l’espace marin côtier adjacent à leurs communautés, leur accordant des droits d’accès complets pour l’exploitation des ressources et des responsabilités de gestion.
ContenuIl n’était pas possible pour un nombre limité de personnel de pêche de gérer de manière adéquate les ressources halieutiques dans les villages adjacents dispersés au sein des AMP des zones côtières de la Sierra Leone. Le personnel de la pêche sur le terrain était conscient de cette limitation et pensait qu’il était nécessaire d’établir un système de gestion des ressources halieutiques dirigé par les populations indigènes de la communauté côtière.

Entre 2012 et 2018, le PRAO/FEM a formé des CMA dans toutes les zones côtières sous les auspices de l’Unité Artisanale Marine du MFMR. Le PRAO/FEM, en coopération avec le MFMR, a aidé les CMA à établir des règlements au niveau du groupement et, par la suite, au niveau du quartier pour une meilleure gestion des ressources halieutiques. Ces règlements portaient notamment sur les points suivants 1) le maintien de la propreté des plages, 2) le maintien des normes d’hygiène, 3) l’interdiction des activités de pêche dans les AMP et 4) la restriction de certaines pratiques de pêche dans les AMP, telles que la réglementation des filets de pêche (les filets de moins de 45 mm étant interdits). Par exemple, la pêche à l’hameçon et à la ligne est autorisée dans les AMP. Les contrevenants aux règlements sont passibles d’amendes, et 30 % des amendes perçues auprès des contrevenants sont alloués aux CMA pour leur budget de mise en œuvre.
 
Par ailleurs, le PRAO/FEM et le MFMR ont mis en place une équipe participative de surveillance des pêcheries communautaires, dirigée par le responsable des pêches, avec les membres du CMA, la police maritime et le personnel de la marine, afin d’aider à faire respecter les droits d’usage territoriaux des ressources côtières adjacentes. Des rapports sont soumis après chaque patrouille, fournissant des preuves relatives aux violations des règlements communautaires et aux conflits, afin de les prévenir ou de les gérer.
 
Par ailleurs, les pêcheurs migrants sont pleinement impliqués dans la prise de décision communautaire et la cogestion des ressources halieutiques. Ils sont considérés comme des membres des CMA car ils jouent un rôle clé dans la gestion des ressources. Des ressortissants du Nigeria, du Sénégal, de la Guinée et d’autres pays viennent pêcher et profiter des ressources de la Sierra Leone. Certains d’entre eux ont des femmes et des enfants dans les localités où ils pratiquent la pêche Malgré les barrières linguistiques, des réunions sont organisées avec différents membres de la communauté pour discuter et sensibiliser aux problèmes, aux règlements et aux mesures de gestion et de préservation.
 
A un moment donné, il y a eu un conflit entre les pêcheurs le long des estuaires de la rivière Sherbro. La cause principale du conflit était que les pêcheurs des communautés de Tombo et de Shenge utilisaient des mailles trop petites, ce qui est illégal selon les lois et règlements régissant la pêche, pour capturer des poissons juvéniles dans la rivière Sherbro, dans le district de Bonthe. Les pêcheurs provenaient de trois communautés de pêcheurs : Tombo, Shenge et Bonthe. Cependant, le conflit a été géré pacifiquement avec l’aide des CMA de ces communautés. Les CMA ont été en mesure d’intervenir, de négocier et de résoudre la crise.

Autres initiatives des CMA : l’introduction d’une période de repos biologique d’un mois et le reboisement des mangroves dans les AMP.
Un projet ultérieur (GEF-SL) a remplacé le projet PRAO après qu’il ait pris fin en 2014. Certains des défis actuels les plus importants liés aux CMA sont les suivants : 1) comment renforcer leurs fonctions de manière démocratique, étant donné qu’il n’y a pas eu de restructuration ou de réélection de nouvelles CMA depuis leur création, et 2) comment harmoniser les règlements à travers le pays.
Enseignements tirésCe cas souligne l’importance d’impliquer les communautés locales dans la gestion des ressources halieutiques. La création des CMA a permis aux communautés côtières de Sierra Leone d’assumer la responsabilité de la gestion des AMP et des ressources halieutiques. Diverses initiatives des CMA démontrent les avantages d’une approche de cogestion dans laquelle les agences gouvernementales et les organisations communautaires coopèrent pour gérer les ressources halieutiques. L’approche collaborative améliore le respect des règles et aide à prévenir les conflits et les violations.
Chapitre du guide pertinent pour cette étude de casChapitre 2 Établir et renforcer le système de mise en œuvre de la gestion des ressources

2.1 Mise en place et renforcement des organisations de gestion des ressources
2.3 Renforcer la collaboration entre plusieurs villages de pêcheurs
2.4 Implication des pêcheurs migrants
2.6 Garantie et gestion des fonds pour les activités

Chapitre 3 Mise en œuvre des mesures de gestion des ressources

3.1 Mesures de gestion des ressources
3.1.4 Activités de suivi et de contrôle
Situation à laquelle cette étude de cas pourrait se référer

Cette étude de cas pourrait être utilisée dans diverses situations liées à la gestion des AMP et à la gestion communautaire des ressources halieutiques, notamment le développement de politiques efficaces et inclusives qui favorisent la gestion durable des ressources, la résolution des conflits et l’obtention de fonds pour la gestion des ressources halieutiques.