Cas

Cas 2-12 Cas de changement dans la pratique d’accueil des pêcheurs migrants dans le delta au centre du Sénégal

Mots-clés

Delta du Saloum, pêche à la crevette (Kiri), Teranga, Comité de plage, UICN, pêcheurs migrants

Contexte

De nombreux pays d’Afrique de l’Ouest ont pour habitude d’accepter des pêcheurs migrants venant de l’extérieur.1 Toutefois, les tendances récentes à la détérioration des ressources halieutiques ont conduit à un changement de cette pratique de longue date. Examinons cette séquence d’événements à partir de l’exemple du delta du Saloum au début des années 2000.

Contenu

Dans l’intérieur du delta du Saloum, les crevettes sont capturées par les petits senneurs appelés killi. Le village de Gague Mody, près de Foundiougne, compte 736 habitants (2002), dont 160 pratiquent la pêche. Pendant la saison des crevettes, environ 80 pêcheurs migrants arrivent de tout le Sénégal et des pays voisins comme la Gambie et la Guinée-Bissau pour la pêche à killi. Ces pêcheurs migrants venus de l’extérieur du delta du Saloum arrivent en août, lorsque la saison de pêche aux crevettes commence, et repartent en janvier.

Dans les zones côtières d’Afrique de l’Ouest, les gens ont été libres de se déplacer les uns vers les autres et d’accéder aux ressources naturelles des zones où ils se sont installés. Car les forêts de mangrove et les ressources halieutiques côtières étaient en accès libre pendant de nombreuses années. Les habitants des pays voisins, comme la Guinée, séjournaient dans les villages du delta et vivaient de la pêche aux crevettes. De même, les Sénégalais se rendaient dans les pays voisins pour accéder aux ressources halieutiques locales et ils étaient pris en charge par la population locale.

Dans les localités où ces pratiques sont ancrées dans la société, les attitudes traditionnelles à l’égard des étrangers ont changé, comme c’est le cas pour les activités du comité de plage lancées par l’ONG, Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) dans les années 2000. Ces dernières années, un sentiment de crise face à la dégradation des ressources côtières due à une pression de pêche accrue a conduit les villageois à protéger et à gérer leurs propres ressources environnementales. La monopolisation des ressources locales a commencé, pour ainsi dire, en excluant les pêcheurs mobiles.

Savoir acquis

Les activités du comité de plage ont demandé une modification de la culture d’accueil chaleureux des étrangers que la localité du delta du Saloum a nourrie pendant des années. Aujourd’hui, avec une population croissante et une pression accrue pour l’extraction des ressources, la question est de savoir comment éviter les conflits et comment vivre en harmonie avec les pêcheurs migrants.

Chapitre du guide relatif à cette étude de cas

Chapitre 2 Etablissement et renforcement du système de mise en œuvre de la gestion des ressources

2.4 Implication des pêcheurs migrants

(2) Planifier les activités de gestion des ressources de manière participative, en incluant les pêcheurs migrants

Lors de l’analyse de la situation actuelle des pêcheurs migrants et de l’analyse des parties prenantes, des questions telles que le nombre de pêcheurs migrants, le type d’activité de pêche, le moment de l’activité, l’impact sur des ressources, la sensibilisation des pêcheurs migrants à la gestion des ressources et leurs intérêts au sein de la communauté doivent être analysées. À ce stade, si des représentants de pêcheurs migrants sont inclus en tant que membres de l’organisation de gestion de ressources, une compréhension plus réaliste des activités, des attitudes et de la position des pêcheurs migrants peut être obtenue, et la communauté de pêche dans son ensemble peut acquérir une meilleure compréhension des pêcheurs migrants.

Situation à laquelle cette étude de cas pourrait se référer

Lors de l’élaboration de plans de gestion des ressources pour l’utilisation durable des ressources locales en Afrique de l’Ouest, il est souvent pratique de planifier sur la base de la coexistence avec les pêcheurs migrateurs qui arrivent chaque année. Il est important de prendre en compte les pratiques historiques ancrées dans la culture locale de l’époque, et cette étude de cas nous le rappelle.

1. Il s’agit du terme “teranga” qui est un mot en wolof qui signifie générosité et qui englobe l’acte d’hospitalité et de patience de manière juste et équitable.